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18 OCTOBRE 2026

Avenue Rollier : le bec ôté, le panneau vissé

Avenue Rollier : le bec ôté, le panneau vissé

Sur l'avenue Rollier, en face de la pharmacie, la fontaine en pierre du village ne coule plus. Le bec verseur a été retiré, le débit coupé, et un écriteau bleu « EAU NON SURVEILLÉE » a été vissé sur la margelle. La fontaine fournissait de l'eau potable depuis une dizaine d'années. La dégradation qui a précédé son arrêt s'est produite il y a quelques semaines, deux mois tout au plus. Elle a eu un témoin direct.

DEUX MOIS, UN BEC, UN PANNEAU

Les faits tiennent en cinq lignes. Une fontaine en pierre, un bassin monolithique, un bec en métal. Des étudiants s'y prennent un jour et cassent le bec. Le constat est direct, pas une rumeur de trottoir. Le bec n'est pas remplacé. Il est ôté. Le débit est coupé. Puis un panneau bleu apparaît sur la pierre, avec cette mention : « eau non surveillée ».

La rapidité de la suite mérite le détour. En deux mois, quelqu'un a constaté, décidé, commandé, reçu, livré et vissé un écriteau. La chaîne administrative a fonctionné, sans à-coup. Elle s'est simplement arrêtée avant la dernière étape, celle qui consiste à visser un bec en laiton à la place de celui qui manque.

Le résultat est là, visible depuis la rue : un très beau bloc de pierre, un bassin vide, une trace au fond, et un panneau. Le seul élément de la fontaine encore en état de marche est le panneau.

CE QUE LE CANTON PRESCRIT

L'aide-mémoire de l'État de Vaud sur l'eau potable, tenu à jour par l'Office de la consommation, consacre un paragraphe aux fontaines à accès public. Le texte est court et sans ambiguïté : « D'une manière générale, les fontaines situées sur la voie publique et alimentées par des sources particulières doivent porter un écriteau indiquant "Eau non potable". Font exception à cette règle, les fontaines alimentées par des sources dotées de zones de protection légalisées dont la qualité de l'eau est régulièrement contrôlée et, bien entendu, les fontaines alimentées par le réseau de distribution publique. »

Deux cas, donc. Une fontaine branchée sur une source privée porte un écriteau, avec une formulation imposée. Une fontaine branchée sur le réseau public n'a rien à signaler, parce que l'eau qui circule dans ce réseau est déjà soumise au concept d'autocontrôle que la législation exige du distributeur, et dont la commune est responsable.

« NON SURVEILLÉE », UN MOT QUI N'EXISTE PAS

La mention apposée avenue Rollier n'apparaît nulle part dans ce document cantonal. Le vocabulaire officiel connaît « eau non potable ». Il ne connaît pas « eau non surveillée ».

L'écart n'est pas une subtilité de rédaction. « Non potable » est un constat sanitaire, vérifiable, qui engage celui qui l'écrit. « Non surveillée » décrit l'attention portée à l'eau, pas sa qualité. Un bassin peut afficher « non surveillée » tout en recevant une eau parfaitement conforme. Il peut aussi afficher « non surveillée » parce que plus rien n'y coule, ce qui règle la question du contrôle avec une élégance redoutable.

Cette formulation produit un second effet, plus discret. Pendant dix ans, l'eau de cette fontaine a été potable. Le panneau, lui, arrive après. Il ne décrit pas l'eau qui coulait, il qualifie le vide qui reste. Une page se tourne sans qu'aucune décision ne soit prise sur le fond : la fontaine n'a pas été condamnée, elle a été reclassée.

L'EAU QU'ON NE SURVEILLE PLUS

Il y a une logique implacable là-dessous, et elle mérite d'être dite. Une eau qui ne coule pas ne demande aucun prélèvement, aucune analyse, aucun rapport. Elle ne peut pas se dégrader, puisqu'elle n'est plus là. Couper le débit supprime le contrôle, et supprimer le contrôle supprime la question. Sur le papier, la fontaine est devenue irréprochable.

La contrepartie est invisible dans les comptes et très visible dans la rue. Un point d'eau gratuit, au milieu du village, sur l'axe que remontent les marcheurs depuis la gare, a disparu du service public. Les gens qui montent à pied n'ont plus rien à remplir. Ceux qui ont une gourde la gardent vide, ou l'achètent pleine.

C'est d'autant plus curieux que le village communique sur l'énergie, la sobriété et la mobilité douce. Une fontaine publique cochait toutes les cases pour zéro franc : pas d'emballage, pas de transport, pas de bouteille. Il fallait juste un bec.

Reste la pierre. Elle est belle, massive, taillée dans un seul bloc, et personne n'a touché à sa valeur patrimoniale. On a conservé le caillou et retiré le service. Un bassin monumental où il ne coule rien prend un autre nom : une décoration.

LES QUESTIONS

Sept questions, toutes vérifiables, adressées à la Municipalité et aux formations politiques du village.

1. La fontaine de l'avenue Rollier est-elle alimentée par le réseau de distribution communal ou par une source particulière ?
2. Si elle est branchée sur le réseau, pourquoi le débit a-t-il été coupé plutôt que le bec remplacé ?
3. Si elle dépend d'une source, pourquoi l'écriteau porte-t-il « eau non surveillée » et non « eau non potable », formulation prescrite par l'aide-mémoire cantonal ?
4. Qui a décidé de retirer le bec au lieu de le réparer, à quelle date, et sur quelle base technique ?
5. Le remplacement du bec a-t-il été chiffré ? Combien a coûté le panneau, et lequel des deux montants figure au budget ?
6. D'autres fontaines du village sont-elles dans la même situation, bec ôté et débit coupé ?
7. La Municipalité compte-t-elle remettre cette fontaine en service, et à quel horizon ?

Nous en avons une autre, plus courte. Combien de temps faut-il, à Leysin, pour visser un morceau de laiton ?

En attendant la réponse, la fontaine affiche. C'est déjà ça.

SOURCES

État de Vaud, Département général des affaires institutionnelles et des communes, aide-mémoire « Eau potable », rubrique « Fontaines à accès public », dernière mise à jour le 23.01.2025. https://publication.vd.ch/publications/dgaic/aide-memoire/energie-durabilite/eau-potable

Constat de terrain et témoignage direct, avenue Rollier, Leysin, 18 octobre 2026 (photographie du bassin et de l'écriteau).